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« Mon père était boxeur », l’hommage pudique d’une fille à son père

Mon père était boxeur

Mon père était boxeur de Barbara Pellerin, Vincent Bailly et Kris
Éditions Futuropolis, 2016. 72 pages + DVD

L’histoire: « Cadet d’une famille de quatorze enfants, mon père a l’habitude de se faire respecter avec les poings. À 18 ans, galvanisé par un titre de champion de France espoir, il interpella ma mère dans la cour de la filature Badin [à Barentin, en Seine-Maritime] pour lui raconter un rêve qu’il avait fait la nuit même : l’épouser. Durant dix-sept ans, ma mère accompagna ses victoires et ses défaites. Pourtant, de leur histoire je ne me souviens que des disputes, de mon père fou de rage, fou d’amour, fou de jalousie, fou d’une violence qui le dépassait. J’ai baigné dans la crainte d’un débordement, d’un coup de folie, du meurtre. Imprévisible, il se transformait brusquement en un volcan de fureur que rien ne semblait pouvoir arrêter, même pas moi. […]. « Au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un virage, une virgule, un trait d’union entre mon père et moi. Je parviens à me fondre au milieu des boxeurs qu’il entraîne. Pas à pas, je le guette, l’observe, et me rapproche. Trop loin, soudain trop proche, il se dérobe, je le repousse, il me regarde. Lorsque je commence à comprendre que ce film prend le chemin d’une quête, celle sans doute impossible de comprendre mon père, la vie s’arrête brusquement un dimanche matin de novembre. Ce film est le portrait d’une relation entre un père et sa fille. ».

Mon père était boxeur PMC‘est une très jolie histoire que Barbara Pellerin propose aux lecteurs, celle de plonger dans sa relation compliquée avec son père. On pourrait prendre le livre comme un projet indiscret qui ne nous regarde pas, mais elle expose au contraire son histoire de façon très pudique et c’est quelque chose que j’ai apprécié.

On sent qu’il y avait un réel besoin de sa part de parler de son père, comme pour crever l’abcès, accepter et enfin avancer le cœur léger.

L‘autre point positif est qu’elle ne juge jamais son père, elle ne fait qu’exposer les faits, et c’est aux lecteurs de se faire leur propre opinion. Bien qu’il n’ait pas été quelqu’un de facile, et même de bien à certaines périodes, elle arrive à le présenter avec beaucoup de tendresse, ce qui fait qu’on ne peut pas détester cet homme, et on se met à l’aimer à travers les mots de sa fille.

Peut-être que l’histoire est un peu trop simple, et qu’on peut s’attendre à plus au commencement de la lecture. On referme le livre avec la sensation d’avoir lu quelque chose de très joli, mais en restant un peu sur notre faim et avec l’envie de vouloir en savoir plus. Cependant il est vrai que nous en dire plus aurait surement balayé la discrétion de l’auteure et ce côté pudique qui fait tout son charme.

Le dessin apporte beaucoup à l’histoire. Je dois avouer qu’au début je n’aimais pas trop, et finalement au fur et à mesure des pages je me suis mise à apprécier ce coup de crayon qui donne un effet mi réel mi fictif avec les traits non gommés.

Enfin, le DVD du documentaire glissé à la fin de la BD permet de visualiser l’histoire d’une autre façon, sous une forme d’art différente. Un vrai plus!

Mon père était boxeur est un témoignage touchant et pudique qui peut être interprété comme une déclaration d’amour d’une fille à son père, malgré leur relation complexe et le caractère difficile de cet homme qui n’a vécu que pour la boxe. C’est bien écrit, pudique, et servi par un joli trait de crayon. Un beau moment de lecture.

Femmes de Montreuil 2013. Barbara PELLERIN    18/12/12Auteure, photographe, réalisatrice et enseignante française, Barbara Pellerin (1980) a publié un premier ouvrage, Barentin ; 76, rue Auguste Badin, en 2007. Mon père était boxeur, adapté de son film documentaire, est son premier livre.
Bailly VincentDessinateur  de bande dessinée français, Vincent Bailly (1967) a commencé à collaborer avec les maisons d’éditions dans les années 1990. Il a depuis publié plusieurs œuvres, notamment l’adaptation d’Un sac de billes en 2001 et Coupures irlandaises en 2008.
KrisScénariste de bande dessinée français, Kris (1972) a participé et écrit de nombreuses œuvres, dont Toussaint 66 en 2002, Coupures irlandaises en 2008 ou Un Homme est mort pour lequel il a reçu le prix France Info en 2003.
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